07/08/2013

Le problème, ce n'est pas la surveillance

Je ne peux m’eiStock_000003210525XSmall.jpgmpêcher de sourire en lisant les commentaires offusqués de tous ceux qui militent farouchement contre la révision totale de la loi fédérale sur la « surveillance de la correspondance par poste et télécommunication » (LSCPT). L’extension des moyens dont la Confédération veut se doter paraît indispensable si on imagine un instant qu’elle doit sérieusement remplir son rôle de répression des crimes.

Les détracteurs de cette révision brandissent le droit à la vie privée mais, à l’heure de Facebook & Co., qui croit encore réellement que ses activités ne sont connues que d’un petit cercle ? Evidemment, on me répondra que l’on ouvre volontairement un compte sur un réseau social. Encore que, bien rares sont ceux qui, en dépit de mises en garde régulières, ont vraiment conscience du fait que ce qu’ils postent ne leur appartient plus,.

Au-delà de ce constat, il y a deux aspects que je trouve vraiment paradoxaux dans ce débat. Tout d’abord, il fait abstraction du cadre légal suisse. On oublie que nous vivons dans un Etat de droit et que seul le juge peut ordonner, dans des conditions bien précises, le recours au « nouveau » type de surveillance électronique. A-t-on moins confiance dans un système, pourtant choisi par le peuple ? Est-ce que plus personne ne sait ce que veut dire « Etat de droit » ? Ou ne serait-ce pas plutôt l’individualisme forcené, qui fait que chacun se voit comme le centre de l’univers ?

Ensuite, et surtout, tout le monde oublie que le premier moyen de pression d’un groupe sur un individu est le contrôle social informel. Et l’ère du web 2.0 n’y change rien. Une amie vivant avec sa famille dans un petit village d’Irlande me racontait comment la boulangère, qu’elle n’avait pourtant pas vue depuis une semaine, s’enquérait de la santé du petit dernier, dont elle avait appris par le facteur qu’il était malade… Et il ne s’agit là qu’une anecdote bénigne. Il n’est pas nécessaire d’aller sur les côtes battues par l’Atlantique pour trouver, au XXIe siècle, de nombreux exemples de ce type.

Pour ma part, je trouve mille fois plus redoutable ce contrôle social, qui place un poids bien plus lourd - car direct et pourtant le plus souvent muet – sur les épaules de la malheureuse victime, dont le seul tort est de ne pas être dans la « norme » du groupe.

Le seul ennemi à combattre, c’est le « politiquement correct », pas un Etat qui veut se donner les moyens de remplir la tâche que le souverain lui a confiée.

13:47 Publié dans Suisse | Tags : lscpt, surveillance | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |