01/10/2017

Prévoyance 2020 : une question de valeurs

avs,prévoyance,assurance socialePrévoyance 2020 : la mayonnaise n'a pas pris. Les causes du refus sont certes multiples – les non se sont additionnés, cas fatal dans une votation – mais peuvent sans doute se résumer au fait que la majorité de la population n’a pas eu confiance dans la suite des opérations et n’a vu que des désagréments dans le paquet proposé. Il pourrait donc être utile de clarifier les enjeux avant de remettre l’ouvrage sur le métier.

L'histoire de la prévoyance sociale nous enseigne qu'à l’origine, la charité, largement dictée par la plupart des religions, était le seul moyen de secourir les miséreux. Ensuite, une fois la société un peu mieux organisée, a été créée l'assistance publique, dont la dénomination a finalement été transformée en aide sociale. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’est arrivée une nouvelle technique de lutte contre la pauvreté : l'assurance sociale. Et nous en sommes toujours là, la plupart des pays utilisant à la fois l'aide et l'assurance sociale.

Les deux approches ne comportent cependant pas les mêmes valeurs de société. L'aide sociale, financée par l'impôt, repose sur une mentalité civique qui octroie volontiers une aide au citoyen dans le besoin, lorsqu'il en fait la demande. L'expérience nous a appris que, s'il y a des personnes qui abusent de l'aide sociale, il y a aussi celles qui ont honte de la demander. En revanche, une prestation d'assurance, telle que l'AVS, est un dû, versé de droit à toute personne dans des conditions précisément définies.

Beaucoup insistent sur l'attachement historique du peuple suisse à l'AVS. Est-ce vraiment certain ? Les citoyens sont-ils prêts à payer le prix de l’assainissement indispensable de cette institution? Etant donné l'importance de la réponse à cette question, il faut probablement travailler d’abord sur le volet AVS et soumettre ce projet au peuple. Les valeurs défendues par notre société seront ainsi, du moins peut-on l’espérer, réaffirmées.

Ce n’est qu’ensuite que les mesures complémentaires telles que prévoyance professionnelle et déductions sociales fiscales pourront être abordées.

11:20 Publié dans Société, Suisse | Tags : avs, prévoyance, assurance sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

26/01/2017

Et si la prospérité ne restait pas?

argent suisse.jpgDans le débat sur la Réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3), intéressons-nous, pour une fois, à ce qui se passerait en cas de refus.

Deux cas de figures seraient possibles. Premier cas : le Conseil fédéral décide manu militari d’abolir les statuts spéciaux pour mettre notre pays en conformité avec les normes internationales. Pour Genève, cela veut dire que toutes les entreprises auraient un taux d’imposition de 24%, soit plus qu’un doublement du taux pour les sociétés à statuts.

Second cas : les statuts fiscaux spéciaux ne seraient pas abolis et la Suisse « aurait un problème de conformité avec (s)es engagements » comme l’a dit lundi à la RTS le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE. Conséquences pratiques pour les entreprises exportatrices : des tracasseries administratives sans fin. Quand on sait que la Suisse gagne un franc sur deux grâce aux exportations, ce n’est pas une bonne nouvelle, pour le dire sobrement.

Dans les deux cas, donc, nombre d’entreprises se relocaliseraient hors de Suisse.

Lorsqu’une entreprise part, disparaissent tous les emplois directs. A ceux-ci s’ajoutent ceux qui dépendaient de cette entreprise : les fournisseurs, les sous-traitants ; mais aussi les commerces de proximité : les employés de cette entreprise mangent au restaurant à midi, font leurs achats dans les magasins de la ville, etc. Il y a actuellement 1,6 emploi indirect pour 1 emploi direct dans une société à statut.

Regardons maintenant qui occupe les postes dans les multinationales. Des étrangers venus manger notre pain ? Pas de chance : ce sont majoritairement des Suisses et des permis C.

Aucune entreprise travaillant avec l’étranger ne serait intéressée à s’installer dans un pays qui entretient des relations difficiles avec ses partenaires commerciaux. En conséquence, la Suisse aurait des difficultés à accueillir de nouvelles entreprises créatrices de valeur ajoutée et d’emplois. On pourrait au mieux espérer des entreprises intéressées uniquement par le marché suisse. Mais, enfin, 8 millions de Suisses comparés aux 500 millions de consommateurs que compte l’UE, c’est sexy comme un dimanche de pluie à Genève.

En conclusion, accepter la réforme, c’est supporter des pertes fiscales temporaires en maintenant l’emploi et l’attractivité helvétique. La refuser, c’est supporter des pertes d’emplois certaines et des pertes fiscales durables.

15:58 Publié dans Economie, Suisse | Tags : rie3, votation | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

30/06/2016

Brexit : l’émotion et la raison

Il a été assez amusant de constater, sur les réseaux sociaux, que nombre de Suisses félicitaient les 52% de Britanniques qui ont voté pour sortir de l’Europe et fait le choix de l’indépendance. Mais qu’a vraiment voulu dire cette majorité ? Qu’elle en avait marre, certainement. Qu’elle voulait se compliquer la vie en se coupant de l’UE, probablement pas. Les multiples débats, notamment télévisés, n’ont clairement pas été d’une grande utilité pour aider les votants à décrypter les enjeux du scrutin ; ils furent même d’une vacuité intersidérale. Même si le public posait parfois de bonnes questions (comment nos emplois seront-ils assurés ?), l’absence de réponse concrète n’était jamais relevée.

Les envolées lyriques des chantres de l’indépendance tombent malheureusement lourdement à côté de la plaque. Dans un monde globalisé comme le nôtre, l’indépendance absolue ne peut pas exister. Et les « amis indépendants » de Suisse sont bien placés pour le savoir : nous gagnons un franc sur deux à l’étranger et un franc sur trois avec l’Union européenne. En valeur sonnante et trébuchante, il s’agit de 128 milliards de biens et services vendus à l’UE en 2014. La Suisse est donc tout sauf indépendante.

En réalité, le vote britannique n’est ni un cataclysme ni la huitième merveille du monde. Il s’agit d’une nouvelle donne. Comme la Suisse l’a fait après le refus populaire de l’adhésion à l’EEE, le Royaume(pour l’instant encore)-Uni va devoir inventer son futur. Pour la Suisse, le Brexit est une « encouble » supplémentaire dont elle se serait bien passé. Tant les milieux politiques qu’économiques vont devoir composer avec cette situation ; espérons qu’ils le fassent en utilisant leur tête plutôt que leurs tripes.

18:12 Publié dans Economie, Suisse | Tags : brexit | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |