21/06/2013

Mendiants et avocats: quand la défense de la société devrait primer sur celle des marginaux

Certains problèmes de société ne changent pas au fil des siècles – la mendicité en fait malheureusement partie. Dès le Moyen Age, on trouve des villes dont le généreux système d'assistance publique offerte aux mendiants portait en lui les germes d’une faillite à court terme. En effet, il y a trop de misère dans le monde pour qu'une seule communauté puisse supporter longtemps les conséquences d'une générosité qui attire les foules. Le souci d'une protection durable commanderait donc de limiter cette assistance aux membres de la communauté (voir Jean Louis [Johanes Ludovicus] Vives, De subventione pauperum, 1525 : manuel rédigé à l'intention de la municipalité d'Ypres pour introduire un système d'assistance publique et qui prévoit notamment l'interdiction de la mendicité.).

Contrairement à la société moyenâgeuse, les mendiants d'aujourd'hui ont la possibilité de recourir à l'assistance d'un avocat, qui peut engager une procédure en leur faveur. Cependant, quand tous les membres de cette société ne sont pas prospères, de telles actions juridiques provoquent inévitablement des questions. L’action de l’avocat en faveur du mendiant n’est-elle pas contraire aux intérêts de la société ? N’y a-t-il pas abus des droits de l'homme ?

Certes, la situation est plus compliquée et le conflit d'un certain nombre de principes est inévitable. Mais comment faire pour trouver une solution pragmatique aux intérêts en jeu ? Pour commencer, il faudrait sans doute revoir la législation en vigueur pour définir avec plus de précisions les règles du jeu ; et notamment empêcher de recourir aux artifices juridiques pour bloquer une décision. D'autre part, il serait tout aussi important de permettre à ceux des membres de la cité qui souhaitent aider les nécessiteux à titre privé, de le faire autrement qu’au coup par coup, en étant confrontés à la mendicité sur la voie publique.

Et plus difficile encore : comment faire pour qu’un tel débat se déroule de manière dépassionnée ?...

08:18 Publié dans Genève | Tags : mendicité, société | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

12/06/2013

Ne pas avoir peur du changement !

Le référendum qui vient d’être lancé contre la densification des zones de développement est inquiétant à plus d’un titre. Nième manifestation du syndrome « pas derrière chez moi », il repose sur une erreur fondamentale et pourtant inlassablement colportée : la densité ne nuit pas à la qualité urbaine. Les Morgines, à Onex, ont une densité de 1,4, comme le Vieux-Carouge. Les exemples peuvent être multipliés et montrent tous la même chose : la densité, prise pour elle-même ne signifie en réalité rien. Ce qui compte, c’est la forme donnée à l’urbanisation : y a-t-il des espaces verts, comment circule-t-on dans et vers le quartier, quelle est l’esthétique des bâtiments ? Tels sont les aspects qui comptent vraiment.

Les référendaires relèvent que cette loi « changera fondamentalement » l’aspect du canton. Et c’est heureux ! Différentes études montrent que, à moins d’une crise économique majeure, la population augmente. Seule la vitesse de croissance diffère selon les scénarios. Il est essentiel de pouvoir loger cette population et le canton doit s’adapter en conséquence, comme il s’est modifié au cours des siècles passés.

Il y a dans ce mouvement de refus une part de peur du changement et une part d’égoïsme. C’est très humain… mais ce n’est guère acceptable pour autant. Car, bien que les référendaires s’en défendent, refuser la densification est par définition synonyme de refuser le développement économique.

On se félicite actuellement de toutes parts que l’économie suisse et genevoise résiste à la crise environnante, mais cela n’est pas dû au hasard. C’est parce que notre économie est diversifiée et qu’elle arrive, tant bien que mal, à créer des emplois. Ce cercle vertueux est pourtant fragile.

Les Genevois ne peuvent pas se conduire en enfants gâtés et ne manger que la crème sur le dessus du gâteau. Sinon, il n’y aura bientôt plus ni gâteau ni pâtisserie. Et là, il sera trop tard pour faire machine arrière !

12:44 Publié dans Genève | Tags : aménagement, densité, densification, référendum | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

04/06/2013

Faut-il dire «bravo !» ou juste «ouf !» ?

Le service de la promotion économique (SPEG) a présenté aujourd’hui ses résultats 2012. Sans surprise, le nombre de sociétés locales conseillées et suivies a augmenté. Crise économique européenne, franc fort, incertitudes juridiques et fiscales y compris en Suisse sont autant de turbulences qui ballottent les entreprises. Comme le Conseiller d’Etat Pierre-François Unger l’a fait remarquer, si Genève ne s’en sort pas mal, c’est grâce à la diversification de son tissu économique (tous les secteurs économiques ne vont pas mal en même temps). Et de souligner que, depuis 2007, date du début de la crise, de nouveaux emplois ont été créés chaque année, même si dans une proportion faible : +1,4% en 2012.

On peut être heureux de cette situation. Mais faut-il s’en satisfaire ?

En 2012, seules 23 entreprises étrangères se sont implantées dans le canton. Le franc fort en est l’une des principales causes. Mais quand on voit que seul 8,8% du budget de la promotion est affecté à la promotion exogène (c’est-à-dire à convaincre des entreprises étrangères de s’implanter chez nous), il est permis de se demander si on ne s’est pas tiré dans le pied…

Ce coup de frein date de l’époque où des voix ont commencé à s’élever contre une soi-disant crise de croissance, censée être illustrée par les bouchons et la raréfaction des logements. Mais en réalité, il y a bien assez de facteurs qui se chargent de donner ce coup de frein : niveau des salaires, taux de change…

Il ne faut avoir ni honte ni peur de faire une vraie promotion à l’étranger, car la diversification du tissu économique est un ouvrage cent fois remis sur le métier et composé d’innombrables fils. Nous ne pourrons faire croître et embellir activités actuelles et secteurs prometteurs tels que les cleantech en comptant sur la seule créativité locale, même pétillante. Une promotion exogène bien comprise – en priorité sur les domaines où des synergies avec des entreprises existantes sont possibles – doit faire partie de la trousse à outils économiques de ce canton.

16:21 Publié dans Economie, Genève | Tags : promotion économique, speg, exogène, franc suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |