20/10/2013

Devenons idiots mais sauvons la nature !

La mobilitémobilité est en train de devenir le nouveau cheval de bataille de ceux qui entendent protéger la nature. Nouveau car, jusqu’à présent, le débat se situait surtout au plan du mode de transport utilisé : il fallait renoncer à la voiture privée et privilégier les transports collectifs. A présent, c’est la mobilité comme telle qui est remise en question. Comme l’a souligné en début de semaine un journaliste de RTS La Première dans une chronique, un débat sur le prix du transport (prix de l’essence, mais aussi coût des infrastructures, pour le train. p. ex.) sera inévitable. Encore faudra-t-il poser un cadre à la discussion. Une récente proposition des Verts genevois de prélever une taxe C02 vise, selon ses auteurs, spécifiquement les vols «low cost» desservant des destinations pour lesquelles d’autres modes de transport constitueraient une alternative. Techniquement, leurs prémisses sont fausses car 80% des émissions de CO2 dues à l’aviation proviennent de vols long-courrier couvrant une distance de plus de 1'500 kilomètres (source : IATA). Pour ces destinations, il n’existe pas d’alternative crédible au transport aérien. Au-delà de cela, cette proposition revient à lutter contre la démocratisation des voyages.

Faut-il donc, au nom de la préservation de la nature renoncer à voyager ou, pire encore, décréter que le voyages doivent être l’apanage des antis ? Peut-on dire que notre envie de mobilité est funeste, qu’on y est « accro » (titre de la chronique) ?

Un tel postulat me hérisse le poil à deux titres. Tout d’abord, il repose sur une certaine idée de ce qui doit constituer le bonheur de l’individu. Mais qui dit que, dans trois ou quatre générations, ce qui paraîtra désirable sera toujours la même chose ? La « nature » (et encore pourrait-on discuter de ce que l’on range sous ce vocable) ne représentera peut-être plus cet idéal si cher à ses défenseurs d’aujourd’hui.

Ensuite, il me semble clair que les voyages, lointains ou proches, sont les moteurs de notre ouverture d’esprit, de notre capacité à aller – mentalement comme physiquement – à la rencontre de l’autre. Les voyages sont toujours une source d’enrichissement intellectuel. Veut-on revenir à l’époque – d’ailleurs pas si lointaine – où le grand voyage d’une vie se résumait à une incursion dans la vallée d’à côté ?

Notre façon de voyager aujourd’hui a un coût environnemental, c’est évident. Mais le bénéfice que nous en tirons, individuellement et collectivement, en vaut infiniment la peine.

 

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27/09/2013

Construire plus et mieux : comment relever le défi ?

Telle était laTom Chance, BedZED question posée par Maurice Gardiol, constituant et président du PS de Plan-les-Ouates, aux panélistes de tous partis qu’il avait invités mercredi soir dernier. Pour ma part, j’ai évoqué trois grandes pistes.

Tout d’abord, il serait souhaitable de réviser certaines pratiques ou concepts, souvent au moyen de l’application du simple bon sens. C’est en premier lieu le cas de la notion de densité au sol, mais c’est un sujet sur lequel je ne m’étendrai pas, l’ayant déjà abordé. On peut aussi penser à l’Office du logement social, dont la rigidité tant architecturale que financière crée des carcans empêchant une diversité et une économie de la construction « vivante ». Autrement dit, des logements bon marché ne sont pas condamnés à être moches et petits.

De nouveaux processus doivent également être mis en œuvre. La révision du nombre et de la nature des étapes conduisant à l’élaboration d’un PLQ - déjà entamée – est indispensable. Mais d’autres mesures peuvent également être prises. Ainsi, le transfert de droits à bâtir, qui se pratique couramment entre deux parcelles, pourrait être appliqué à des zones plus larges. Au sein d’un périmètre donné, la répartition des espaces pourrait ainsi être effectuée plus intelligemment et éviterait de mettre en concurrence, par exemple, construction de logements et préservation de zones de verdure.

Enfin, Genève ne recourt pas assez à certains types d’habitats qui ont fait leurs preuves ailleurs, cet ailleurs n’étant souvent pas beaucoup plus loin que la Sarine : les coopératives. Celles-ci comptent actuellement pour 5% des logements dans toute la Suisse. Or, des études ont montré que le loyer d’un logement en coopérative s’établit environ 20% en dessous d’un loyer usuel. A Zurich, où elles constituent près de 20% du parc de logements, une nette pression à la baisse s’est exercée.

Ce ne sont que quelques pistes, pour la plupart pas compliquées à mettre en œuvre. En matière de construction le premier défi – et le plus long à surmonter – est probablement la peur du changement. Le visage de Genève va changer, que cette mutation soit accompagnée intelligemment ou non. J’ai, quant à moi, la conviction qu’il est possible de créer les logements nécessaires ET d’augmenter le bien-être des Genevois-es.

Photo: quartier BedZED (Beddington Zero Energy Development) au sud de Londres.Le projet couvre 1,7 hectare. Il comprend 100 logements, 2 500 m2 de bureaux et de commerces, un espace communautaire, une salle de spectacles, des espaces verts publics et privés, un centre médicosocial, un complexe sportif, une crèche, un café et un restaurant. Source photo: Tom Chance.

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21/09/2013

Aménagement: communiquer ne suffit pas, il faut dialoguer

PDCn.jpgLe Plan directeur cantonal 2030 a été adopté par le Grand Conseil. Voilà une bonne nouvelle car ce plan est le reflet d’une volonté marquée d’accompagner une croissance ordonnée du canton. Des réserves de terrains à bâtir – logements et activités – sont identifiées en application des principes énoncés par la nouvelle constitution genevoise : une agglomération compacte, multipolaire et verte.

Genève confirme par là son engagement, pris vis-à-vis de ses partenaires du Grand Genève, de créer des logements. N’en déplaise aux partisans du repli sur soi, le futur n’existe que compris à l’échelle de l’agglomération, au minimum.

Les tribulations du Plan directeur cantonal portent cependant un autre enseignement. On se souviendra que c’est une version revue et corrigée qui a été votée hier. Les besoins et particularités des communes ont été pris en compte dans cette version bis. C’est que l’aménagement ne se décrète pas, il se concerte. Les questions d’aménagement mobilisent les citoyens, car elles touchent leur environnement quotidien. Comme l’ont démontré quelques scrutins récents, l’époque où les autorités pouvaient imposer leurs vues est révolue.

Modification des relations entre élus et société civile, individualisme qui mène au NIMBY (Not In My BackYard) sont quelques-unes des raisons qui font qu’une opposition – même minoritaire -  motivée et organisée, relayée par des porte-voix politiques peut facilement faire échouer un projet. Il ne faut pas forcément regretter ce changement : l’autorité n’a pas la science infuse et on est souvent plus intelligent à plusieurs que tout seul. Mais cela signifie que les collectivités publiques doivent changer de méthode.

La séance d’information en bout de chaîne, lorsque toutes les validations techniques ont été faites, n’est pas la bonne méthode. Siégeant depuis de nombreuses années à la commission municipale de l’aménagement (Ville de Genève), j’ai constaté en direct à plusieurs reprises les dégâts que cause cette pratique.

Il est impératif pour les collectivités publiques de changer de méthode et de dialoguer, dans un cadre bien posé et bien compris. Cela prend certes du temps, mais une planification attentive des projets peut facilement pallier ce qui pourrait être vu comme un inconvénient. Espérons que tant le canton que les communes s’en souviendront lors de l’élaboration de leurs programmes futurs.

 

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