16/04/2013

Transparence: pour quoi faire?

Le mot est à la mode et, par les temps qui courent, cela peut se comprendre : on cache le cheval dans les lasagnes, on recrute ses protégés pour des postes publics, on transfère ses fonds dans des banques étrangères (malheureusement pas toutes suisses !). Tout cela aboutit au fait que le citoyen se sent – peu ou prou - manipulé. Il s'agit donc de satisfaire la demande populaire pour plus de clarté dans les affaires quotidiennes.

Dans le cas de la transparence que le gouvernement français s’applique à lui-même, l'objectif premier a été manifestement plus ponctuel, à savoir démontrer une certaine volonté d'agir face à une déconvenue politique majeure : un membre du gouvernement pris la main dans le sac (ou, plus exactement, le portefeuille à l’étranger). La transparence sert donc à convaincre que l'on entend à moraliser la vie politique.

Cependant, ce geste soulève plusieurs interrogations. Tout d'abord, il n'apporte aucune preuve de l’honnêteté des membres du gouvernement – donc n’a pas de lien direct avec l'élément déclencheur. Ensuite, il expose des faits déjà généralement connus du public : l’un au moins des ministres concernés n'a jamais caché jouir d’une fortune personnelle.

En réalité, la transparence, quand elle existe, fait partie de la culture politique d’un pays, comme c’est, par exemple, le cas en Scandinavie. Or, la culture politique ne se fabrique pas à coups de décrets.

La vraie question, pour un gouvernement de gauche qui veut être crédible, est : peut-on être un bon socialiste tout en étant riche? L'histoire française fournit des réponses qui varient dans le temps. Ces derniers jours, on rappelle souvent l'attaque portée par les deux François (les présidents socialistes, donc…) contre le pouvoir de l’argent. La réponse n’est sans doute pas simple, mais il est certain que, dans l'opinion publique, un politicien riche dissertant des remèdes à la pauvreté n'est guère convaincant.

Plus généralement, la richesse est-elle un indicateur de la compétence d’un homme politique ? Peut-être… Un esprit taquin pourrait, par exemple, déduire que la relative impécuniosité de certains ministres est due à leur impéritie. Ou à leur incapacité à gérer à un budget personnel. Ou à leur inaptitude à décrocher un job rémunérateur.

Bref, l’exercice d’hier ne démontre qu’une chose : la technique de la poudre aux yeux a, en politique, encore de beaux jours devant elle !

16:41 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

10/04/2013

La politique de l’autruche ne résout pas les problèmes

L’édito de la Tribune de Genève du jour m’estomaque. Ainsi, le projet-pilote de vidéoprotection aux Pâquis est qualifié de « gadget de luxe qui vise à rassurer ». Après ce titre péremptoire, l’auteur explique – correctement – que, selon les études, les lieux et les moments, de tels systèmes fonctionnent un peu, beaucoup ou pas du tout. Et relève – toujours correctement – qu’il faut évidemment des policiers disponibles pour intervenir sitôt une infraction constatée.

Parce qu’il n’y a pas de certitude, est-ce alors une raison pour ne rien faire ? Clairement non !

Qui aurait pensé, il n’y a encore que 4 ou 5 ans, que la sécurité deviendrait l’un des aspects dont il faut se soucier lorsqu’il s’agit de rendre Genève attrayante pour les entreprises ? Les touristes sont la cible privilégiée des voleurs, comme c’était le cas à Sao Paolo il y a 15 ans. La différence avec des endroits qui se sont fait une réputation pour leur taux de délinquance, tels St Denis ou le Bronx, c’est qu’on peut éviter ces quartiers, alors qu’à Genève, c’est le cœur de la cité qui est touché (p. ex. place du Molard). Sans surprise, la sécurité est désormais un facteur négatif pour certains organisateurs de congrès qui envisagent de tenir leur évènement à Genève. Plus généralement, les commerçants redoutent les braquages avec violence, aux conséquences humaines non négligeables, nombre de victimes se retrouvant souvent à l’AI à la suite d’un tel traumatisme. A l’autre extrémité de l’échelle des crimes commis, le vandalisme de l’outil de travail (fourgonnettes ou vitrines taguées ou abimées), humainement sans gravité, n’est pas couvert par les assurances, et engendre des frais qui finissent par être conséquents.

La sécurité est un excellent exemple de comment Genève, à force de se reposer sur ses lauriers et de penser que ses atouts étaient intangibles, a réussi à laisser s’évaporer ce qui était l’une de ses marques de fabrique… Je me souviens encore, lors de mes débuts au Conseil municipal, comment un élu de gauche a rétorqué à l’une de mes interventions sur la sécurité que c’était la droite qui créait l’insécurité en en parlant !

Donc, à la question « faut-il consacrer 3,9 millions à un outil dont l’efficacité est incertaine ? », la réponse est oui : on essaie d’abord, on tire un bilan ensuite.

13:44 Publié dans Genève, Humeur | Tags : sécurité, vidéoprotection, vidéosurveillance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

07/04/2013

Les mensonges politiquement incorrects … et les autres ?

Les analystes des mœurs politiques du siècle passé ont pu enregistrer une réduction – lente et laborieuse, certes, mais néanmoins observable - de la distance entre, d’une part, la déclamation de buts politiques et l'énonciation de règles de vie pour la société et, d’autre part, l'application de ces règles à la vie privée. En effet, il devenait toujours plus difficile de dire « fais ce que je te dis… mais en ce qui concerne ma vie privée, cela ne te regarde pas! »

 

Malheureusement, en Europe occidentale, contrairement aux Etats-Unis où un mensonge public est un délit, on n’a jamais pu établir de points de repère signalant aux hommes politiques où se trouvait la ligne jaune à ne pas transgresser. Ainsi, personne ne crie au scandale lorsque des objectifs de législature, énoncés hauts et forts par un candidat à la présidence de son pays, se trouvent modifiés voire s’évaporent complètement au bout de quelques mois. On a même plutôt tendance à louer la capacité d’analyse de l’observateur qui aura signalé la «  déviation ». Un cas classique de mutation de la vérité se produit lorsqu’un parti d’opposition accède subitement au pouvoir et se trouve confronté avec des réalités de terrain, fort concrètes et assez peu sensibles aux raisonnements théoriques. C’est que les faits sont plus têtus que les discours idéologiques les mieux huilés.

 

Ainsi, on admet qu'il y existe des mensonges politiquement corrects, voire même souhaitables, si leur but est de gagner les prochaines élections et, ainsi, de faire valoir sa vision de la société, pour le plus grand bien de tous.

 

Dans ce contexte, il est inévitable que l'on se heurte de temps à autre à un mensonge politiquement incorrect qui se paie instantanément « cash », par la carrière politique du fautif. Observé outre-frontières, c'est même tellement fréquent que l'on peut s'étonner du séisme qui secoue actuellement nos voisins – mais à chaque pays ses joutes favorites.

 

Le déchaînement médiatique auquel on est en train d’assister en France n’a probablement qu’une utilité : poser la question de savoir comment éliminer le mensonge de la vie publique. Vraisemblablement par une sanction institutionnelle plutôt que pénale. Facile à dire. Mais alors … comment va-t-on gagner des élections?

17:01 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |