06/04/2017

Ne laissons pas notre liberté nous filer entre les doigts



aéroport 3.jpgLe succès de l’aéroport inquiète. « Cointrin : l’envers de la médaille » titrait hier l’édito de la Tribune de Genève. On s’attendait à lire les craintes des riverains mais on découvre en fait qu’un parallèle est dressé entre la facilité qu’il y a à faire un saut à Barcelone et la désertion des magasins de sport d’hiver.

Le constat n’est sans doute pas dénué de pertinence mais est-ce la bonne conclusion qui est tirée ? Faut-il donc, pour préserver les commerces locaux, empêcher les gens de se déplacer où et comme bon leur semble ? L’Etat a déjà décidé de nous faire manger moins salé, moins gras, moins si, plus ça ; il va bientôt décréter que nous devrons limiter nos horizons à notre arrière-cour. Quelle société exaltante cela nous promet ! C’est peut-être crétin de voler jusqu’à Barcelone pour n’y passer que quelques heures mais si c’est mon choix, cela ne regarde personne et l’Etat moins que quiconque ! On peut rationaliser tant qu’on veut, mais le moment est proche où il faudra se remémorer les vrais choix auxquels nous sommes confrontés : voulons-nous une société où l’individu est libre de ses choix, oui ou non ?

Plus terre à terre, mais tout aussi inquiétante, l’équation proposée « moins de vols – plus de monde dans nos commerces » est illustrative d’une tendance fort répandue en ces temps d’incertitude économique qu’on peut résumer par « pour aller mieux, empêchons l’autre d’aller bien ». Lors de la votation du 9 février dernier sur RIE3, j’avais déjà relevé que les opposants à la réforme, quel que soit leur bord, ne parlaient que des pertes. Pourquoi se remonter les bretelles pour créer de nouvelles richesses ne figurait-il pas dans les discours? Des défis extra-ordinaires, au sens propre, nous attendent : robotisation, blockchain, intelligence artificielle et deep learning… Dire qu’il faut réfléchir de manière positive sur comment créer des richesses – partagées par tous – plutôt que se demander comment on peut couper les têtes qui dépassent ne relève pas de la méthode Coué, mais d’une nécessité absolue.

17:54 Publié dans Economie, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

26/01/2017

Et si la prospérité ne restait pas?

argent suisse.jpgDans le débat sur la Réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3), intéressons-nous, pour une fois, à ce qui se passerait en cas de refus.

Deux cas de figures seraient possibles. Premier cas : le Conseil fédéral décide manu militari d’abolir les statuts spéciaux pour mettre notre pays en conformité avec les normes internationales. Pour Genève, cela veut dire que toutes les entreprises auraient un taux d’imposition de 24%, soit plus qu’un doublement du taux pour les sociétés à statuts.

Second cas : les statuts fiscaux spéciaux ne seraient pas abolis et la Suisse « aurait un problème de conformité avec (s)es engagements » comme l’a dit lundi à la RTS le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE. Conséquences pratiques pour les entreprises exportatrices : des tracasseries administratives sans fin. Quand on sait que la Suisse gagne un franc sur deux grâce aux exportations, ce n’est pas une bonne nouvelle, pour le dire sobrement.

Dans les deux cas, donc, nombre d’entreprises se relocaliseraient hors de Suisse.

Lorsqu’une entreprise part, disparaissent tous les emplois directs. A ceux-ci s’ajoutent ceux qui dépendaient de cette entreprise : les fournisseurs, les sous-traitants ; mais aussi les commerces de proximité : les employés de cette entreprise mangent au restaurant à midi, font leurs achats dans les magasins de la ville, etc. Il y a actuellement 1,6 emploi indirect pour 1 emploi direct dans une société à statut.

Regardons maintenant qui occupe les postes dans les multinationales. Des étrangers venus manger notre pain ? Pas de chance : ce sont majoritairement des Suisses et des permis C.

Aucune entreprise travaillant avec l’étranger ne serait intéressée à s’installer dans un pays qui entretient des relations difficiles avec ses partenaires commerciaux. En conséquence, la Suisse aurait des difficultés à accueillir de nouvelles entreprises créatrices de valeur ajoutée et d’emplois. On pourrait au mieux espérer des entreprises intéressées uniquement par le marché suisse. Mais, enfin, 8 millions de Suisses comparés aux 500 millions de consommateurs que compte l’UE, c’est sexy comme un dimanche de pluie à Genève.

En conclusion, accepter la réforme, c’est supporter des pertes fiscales temporaires en maintenant l’emploi et l’attractivité helvétique. La refuser, c’est supporter des pertes d’emplois certaines et des pertes fiscales durables.

15:58 Publié dans Economie, Suisse | Tags : rie3, votation | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

30/06/2016

Brexit : l’émotion et la raison

Il a été assez amusant de constater, sur les réseaux sociaux, que nombre de Suisses félicitaient les 52% de Britanniques qui ont voté pour sortir de l’Europe et fait le choix de l’indépendance. Mais qu’a vraiment voulu dire cette majorité ? Qu’elle en avait marre, certainement. Qu’elle voulait se compliquer la vie en se coupant de l’UE, probablement pas. Les multiples débats, notamment télévisés, n’ont clairement pas été d’une grande utilité pour aider les votants à décrypter les enjeux du scrutin ; ils furent même d’une vacuité intersidérale. Même si le public posait parfois de bonnes questions (comment nos emplois seront-ils assurés ?), l’absence de réponse concrète n’était jamais relevée.

Les envolées lyriques des chantres de l’indépendance tombent malheureusement lourdement à côté de la plaque. Dans un monde globalisé comme le nôtre, l’indépendance absolue ne peut pas exister. Et les « amis indépendants » de Suisse sont bien placés pour le savoir : nous gagnons un franc sur deux à l’étranger et un franc sur trois avec l’Union européenne. En valeur sonnante et trébuchante, il s’agit de 128 milliards de biens et services vendus à l’UE en 2014. La Suisse est donc tout sauf indépendante.

En réalité, le vote britannique n’est ni un cataclysme ni la huitième merveille du monde. Il s’agit d’une nouvelle donne. Comme la Suisse l’a fait après le refus populaire de l’adhésion à l’EEE, le Royaume(pour l’instant encore)-Uni va devoir inventer son futur. Pour la Suisse, le Brexit est une « encouble » supplémentaire dont elle se serait bien passé. Tant les milieux politiques qu’économiques vont devoir composer avec cette situation ; espérons qu’ils le fassent en utilisant leur tête plutôt que leurs tripes.

18:12 Publié dans Economie, Suisse | Tags : brexit | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |