22/02/2015

A chaque institution sociale, sa mission

Depuis leur origine, les allocations familiales font partie des institutions sociales établies dans le cadre de la protection sociale au sens large du terme. Elles ont été créées dans le but d'aider matériellement les familles à remplir leur fonction centrale dans la société, à savoir élever (si possible correctement) les enfants et garantir ainsi la pérennité de celle-ci. Cette mission devrait être préservée, voire même protégée, de l'interaction d'autres institutions sociales.

 

Le système fiscal est l'une de ces dernières. Son objectif est d'assurer une participation équitable des citoyens au financement du coût de fonctionnement des infrastructures publiques créées par la société. Dans la mesure où les prestations en espèces de la sécurité sociale constituent le revenu social d'une personne, la question se pose: ce revenu est-il taxable ou non? Selon les pays et les systèmes en vigueur, des réponses diverses sont données à cette question, toutes dictées par les préoccupations politiques et financières des gouvernants à un moment donné, et de savants calculs servent à démontrer qui sont les gagnants et les perdants de l'une ou de l'autre des solutions proposées.

 

Ce procédé a pourtant un grand défaut. Tous ces calculs d’apothicaire social sur les transferts de revenu entre différentes catégories de la population, par définition à court terme, sont incapables de prévoir le comportement des gens à moyen et long terme, car celui-ci dépend de nombreux facteurs, pas forcément économiques. Et comme on le sait depuis longtemps, pour qu’une institution sociale spécifique ait un sens, il faut qu'elle reste fidèle à son objectif de départ. Toute confusion dans la perception des buts de nos institutions ne peut que nuire à leur efficacité. Laissons donc les allocations familiales et les systèmes fiscaux remplir leurs missions respectives, sans chercher à créer la confusion dans l’esprit du citoyen. Pour cette raison, il est juste que les allocations familiales soient défiscalisées.

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07/08/2013

Le problème, ce n'est pas la surveillance

Je ne peux m’eiStock_000003210525XSmall.jpgmpêcher de sourire en lisant les commentaires offusqués de tous ceux qui militent farouchement contre la révision totale de la loi fédérale sur la « surveillance de la correspondance par poste et télécommunication » (LSCPT). L’extension des moyens dont la Confédération veut se doter paraît indispensable si on imagine un instant qu’elle doit sérieusement remplir son rôle de répression des crimes.

Les détracteurs de cette révision brandissent le droit à la vie privée mais, à l’heure de Facebook & Co., qui croit encore réellement que ses activités ne sont connues que d’un petit cercle ? Evidemment, on me répondra que l’on ouvre volontairement un compte sur un réseau social. Encore que, bien rares sont ceux qui, en dépit de mises en garde régulières, ont vraiment conscience du fait que ce qu’ils postent ne leur appartient plus,.

Au-delà de ce constat, il y a deux aspects que je trouve vraiment paradoxaux dans ce débat. Tout d’abord, il fait abstraction du cadre légal suisse. On oublie que nous vivons dans un Etat de droit et que seul le juge peut ordonner, dans des conditions bien précises, le recours au « nouveau » type de surveillance électronique. A-t-on moins confiance dans un système, pourtant choisi par le peuple ? Est-ce que plus personne ne sait ce que veut dire « Etat de droit » ? Ou ne serait-ce pas plutôt l’individualisme forcené, qui fait que chacun se voit comme le centre de l’univers ?

Ensuite, et surtout, tout le monde oublie que le premier moyen de pression d’un groupe sur un individu est le contrôle social informel. Et l’ère du web 2.0 n’y change rien. Une amie vivant avec sa famille dans un petit village d’Irlande me racontait comment la boulangère, qu’elle n’avait pourtant pas vue depuis une semaine, s’enquérait de la santé du petit dernier, dont elle avait appris par le facteur qu’il était malade… Et il ne s’agit là qu’une anecdote bénigne. Il n’est pas nécessaire d’aller sur les côtes battues par l’Atlantique pour trouver, au XXIe siècle, de nombreux exemples de ce type.

Pour ma part, je trouve mille fois plus redoutable ce contrôle social, qui place un poids bien plus lourd - car direct et pourtant le plus souvent muet – sur les épaules de la malheureuse victime, dont le seul tort est de ne pas être dans la « norme » du groupe.

Le seul ennemi à combattre, c’est le « politiquement correct », pas un Etat qui veut se donner les moyens de remplir la tâche que le souverain lui a confiée.

13:47 Publié dans Suisse | Tags : lscpt, surveillance | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |