22/02/2015

A chaque institution sociale, sa mission

Depuis leur origine, les allocations familiales font partie des institutions sociales établies dans le cadre de la protection sociale au sens large du terme. Elles ont été créées dans le but d'aider matériellement les familles à remplir leur fonction centrale dans la société, à savoir élever (si possible correctement) les enfants et garantir ainsi la pérennité de celle-ci. Cette mission devrait être préservée, voire même protégée, de l'interaction d'autres institutions sociales.

 

Le système fiscal est l'une de ces dernières. Son objectif est d'assurer une participation équitable des citoyens au financement du coût de fonctionnement des infrastructures publiques créées par la société. Dans la mesure où les prestations en espèces de la sécurité sociale constituent le revenu social d'une personne, la question se pose: ce revenu est-il taxable ou non? Selon les pays et les systèmes en vigueur, des réponses diverses sont données à cette question, toutes dictées par les préoccupations politiques et financières des gouvernants à un moment donné, et de savants calculs servent à démontrer qui sont les gagnants et les perdants de l'une ou de l'autre des solutions proposées.

 

Ce procédé a pourtant un grand défaut. Tous ces calculs d’apothicaire social sur les transferts de revenu entre différentes catégories de la population, par définition à court terme, sont incapables de prévoir le comportement des gens à moyen et long terme, car celui-ci dépend de nombreux facteurs, pas forcément économiques. Et comme on le sait depuis longtemps, pour qu’une institution sociale spécifique ait un sens, il faut qu'elle reste fidèle à son objectif de départ. Toute confusion dans la perception des buts de nos institutions ne peut que nuire à leur efficacité. Laissons donc les allocations familiales et les systèmes fiscaux remplir leurs missions respectives, sans chercher à créer la confusion dans l’esprit du citoyen. Pour cette raison, il est juste que les allocations familiales soient défiscalisées.

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20/10/2013

Devenons idiots mais sauvons la nature !

La mobilitémobilité est en train de devenir le nouveau cheval de bataille de ceux qui entendent protéger la nature. Nouveau car, jusqu’à présent, le débat se situait surtout au plan du mode de transport utilisé : il fallait renoncer à la voiture privée et privilégier les transports collectifs. A présent, c’est la mobilité comme telle qui est remise en question. Comme l’a souligné en début de semaine un journaliste de RTS La Première dans une chronique, un débat sur le prix du transport (prix de l’essence, mais aussi coût des infrastructures, pour le train. p. ex.) sera inévitable. Encore faudra-t-il poser un cadre à la discussion. Une récente proposition des Verts genevois de prélever une taxe C02 vise, selon ses auteurs, spécifiquement les vols «low cost» desservant des destinations pour lesquelles d’autres modes de transport constitueraient une alternative. Techniquement, leurs prémisses sont fausses car 80% des émissions de CO2 dues à l’aviation proviennent de vols long-courrier couvrant une distance de plus de 1'500 kilomètres (source : IATA). Pour ces destinations, il n’existe pas d’alternative crédible au transport aérien. Au-delà de cela, cette proposition revient à lutter contre la démocratisation des voyages.

Faut-il donc, au nom de la préservation de la nature renoncer à voyager ou, pire encore, décréter que le voyages doivent être l’apanage des antis ? Peut-on dire que notre envie de mobilité est funeste, qu’on y est « accro » (titre de la chronique) ?

Un tel postulat me hérisse le poil à deux titres. Tout d’abord, il repose sur une certaine idée de ce qui doit constituer le bonheur de l’individu. Mais qui dit que, dans trois ou quatre générations, ce qui paraîtra désirable sera toujours la même chose ? La « nature » (et encore pourrait-on discuter de ce que l’on range sous ce vocable) ne représentera peut-être plus cet idéal si cher à ses défenseurs d’aujourd’hui.

Ensuite, il me semble clair que les voyages, lointains ou proches, sont les moteurs de notre ouverture d’esprit, de notre capacité à aller – mentalement comme physiquement – à la rencontre de l’autre. Les voyages sont toujours une source d’enrichissement intellectuel. Veut-on revenir à l’époque – d’ailleurs pas si lointaine – où le grand voyage d’une vie se résumait à une incursion dans la vallée d’à côté ?

Notre façon de voyager aujourd’hui a un coût environnemental, c’est évident. Mais le bénéfice que nous en tirons, individuellement et collectivement, en vaut infiniment la peine.

 

20:02 Publié dans Société | Tags : mobilité | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

03/09/2013

Femmes et carrière : une question de société, pas de genre

femmes,carrière,flexibilitéJ’ai assisté hier soir au débat des femmes de l’Entente intitulé « Femmes entrepreneures en 2013 : Mission impossible ? » Comme en ont témoigné les quatre intervenantes[i], la mission est tout à fait possible et aucune d’elle n’a le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’exceptionnel. Ce qui est sans doute la caractéristique dominante des femmes : elles agissent d’abord, elles en parlent ensuite.

Cette retenue est, de mon point de vue, une qualité qui profiterait au monde des affaires au sens large : une prise de risque plus mesurée et, donc, moins d’échecs, une vision globale plutôt que sectorielle et une plus grande attention aux aspects humains de l’entreprise. Dans son introduction, Isabel Rochat relevait d’ailleurs que, selon une récente enquête, les femmes ne sont que 23% à ne voir dans leur carrière qu’un moyen de gagner leur vie.

Autant de qualités dont toutes les entreprises pourraient profiter. Et pourtant, en 2010, les femmes n’étaient que 4% à occuper des fonctions dirigeantes selon l’Office fédéral des statistiques.

L’un après l’autre les clichés sont faciles à démonter. Ainsi, il n’est pas vrai que les femmes ont de moins bons réseaux parce qu’elles ne terminent pas leurs journées en « after work » au bar du coin. Interrogées sur les difficultés rencontrées lors de la création de leur entreprise, les femmes n’ont pas d’histoires différentes de celles des hommes, la première préoccupation étant généralement de trouver un financement.

L’aménagement du temps de travail revient beaucoup dans les discussions. Mais ce qui frappe, c’est qu’on pense toujours à aménager le temps de travail… POUR les femmes. Cette idée, vertueuse en soi, porte en elle ses propres limites. En ayant cette vision, on distingue toujours les femmes des hommes. Or, l’objectif est bien de faire en sorte que femmes et hommes aient le même accès aux carrières dirigeantes. La flexibilité du travail (horaires, modalités, etc.) est un objectif à poursuivre dans l’intérêt même de la société et non des seules femmes. Cela suppose avant tout un changement de mentalité et les femmes doivent en être les premières artisanes, en prenant en main leur destin professionnel, à l’image des intervenantes d’hier.

12:29 Publié dans Société | Tags : femmes, carrière, flexibilité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |