05/05/2013

La sclérose: couronnement du processus

Anodine en apparence, l’anecdote relatée dans l’Encre bleue dans l’édition de ce week-end de la TdG reflète ce que je tiens pour le mal de notre siècle. Un couple s’est vu refuser l’achat d’un fromage (certes odorant : en ayant ramené un en voiture en plein cagnard depuis son village d’origine en Bourgogne, je sais de quoi il retourne…) dans un commerce d’alimentation au motif que celui-ci avait dépassé sa date de péremption et ce, malgré leur proposition de signer une décharge au magasin.

Que cela nous dit-il de notre société ? Cela nous montre en premier lieu qu’un processus mis en place pour préserver la santé du plus grand nombre (date de péremption d’un produit), appliqué sans recours au bon sens, provoque des situations ubuesques. Dans le cas présent, quelques jours de différence ne modifiaient pas de manière fondamentale les qualités organoleptiques du formage. Or, celui-ci a terminé à la poubelle.

Ensuite, nous voyons par cette histoire que le processus étouffe le libre arbitre individuel. N’appartient-il pas, en définitive, aux consommateurs – en l’occurrence frustrés – de décider s’ils veulent ou non prendre le risque de déguster un fromage qui sent mauvais et qui se liquéfie ? Non, le processus gouverne.

On peut s’interroger sur les causes de cette judiciarisation galopante. Certains sociologues y voient le rejet du caractère tutélaire classique de l’Etat. Le fait est que la judiciarisation de la politique est désormais patente. On le voit très nettement dans les débats, par exemple du Conseil municipal de la Ville de Genève, que je fréquente depuis plusieurs années. On n’argumente plus en termes de vision de société mais en fonction des articles du règlement. Cette évolution n’est pas une bonne nouvelle car notre société, confrontée à des enjeux nouveaux, va devoir inventer des solutions nouvelles. Or, ce n’est pas en appliquant aveuglément des processus – fussent-ils pertinents - que l’on créera l’avenir.

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10/04/2013

La politique de l’autruche ne résout pas les problèmes

L’édito de la Tribune de Genève du jour m’estomaque. Ainsi, le projet-pilote de vidéoprotection aux Pâquis est qualifié de « gadget de luxe qui vise à rassurer ». Après ce titre péremptoire, l’auteur explique – correctement – que, selon les études, les lieux et les moments, de tels systèmes fonctionnent un peu, beaucoup ou pas du tout. Et relève – toujours correctement – qu’il faut évidemment des policiers disponibles pour intervenir sitôt une infraction constatée.

Parce qu’il n’y a pas de certitude, est-ce alors une raison pour ne rien faire ? Clairement non !

Qui aurait pensé, il n’y a encore que 4 ou 5 ans, que la sécurité deviendrait l’un des aspects dont il faut se soucier lorsqu’il s’agit de rendre Genève attrayante pour les entreprises ? Les touristes sont la cible privilégiée des voleurs, comme c’était le cas à Sao Paolo il y a 15 ans. La différence avec des endroits qui se sont fait une réputation pour leur taux de délinquance, tels St Denis ou le Bronx, c’est qu’on peut éviter ces quartiers, alors qu’à Genève, c’est le cœur de la cité qui est touché (p. ex. place du Molard). Sans surprise, la sécurité est désormais un facteur négatif pour certains organisateurs de congrès qui envisagent de tenir leur évènement à Genève. Plus généralement, les commerçants redoutent les braquages avec violence, aux conséquences humaines non négligeables, nombre de victimes se retrouvant souvent à l’AI à la suite d’un tel traumatisme. A l’autre extrémité de l’échelle des crimes commis, le vandalisme de l’outil de travail (fourgonnettes ou vitrines taguées ou abimées), humainement sans gravité, n’est pas couvert par les assurances, et engendre des frais qui finissent par être conséquents.

La sécurité est un excellent exemple de comment Genève, à force de se reposer sur ses lauriers et de penser que ses atouts étaient intangibles, a réussi à laisser s’évaporer ce qui était l’une de ses marques de fabrique… Je me souviens encore, lors de mes débuts au Conseil municipal, comment un élu de gauche a rétorqué à l’une de mes interventions sur la sécurité que c’était la droite qui créait l’insécurité en en parlant !

Donc, à la question « faut-il consacrer 3,9 millions à un outil dont l’efficacité est incertaine ? », la réponse est oui : on essaie d’abord, on tire un bilan ensuite.

13:44 Publié dans Genève, Humeur | Tags : sécurité, vidéoprotection, vidéosurveillance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

07/04/2013

Les mensonges politiquement incorrects … et les autres ?

Les analystes des mœurs politiques du siècle passé ont pu enregistrer une réduction – lente et laborieuse, certes, mais néanmoins observable - de la distance entre, d’une part, la déclamation de buts politiques et l'énonciation de règles de vie pour la société et, d’autre part, l'application de ces règles à la vie privée. En effet, il devenait toujours plus difficile de dire « fais ce que je te dis… mais en ce qui concerne ma vie privée, cela ne te regarde pas! »

 

Malheureusement, en Europe occidentale, contrairement aux Etats-Unis où un mensonge public est un délit, on n’a jamais pu établir de points de repère signalant aux hommes politiques où se trouvait la ligne jaune à ne pas transgresser. Ainsi, personne ne crie au scandale lorsque des objectifs de législature, énoncés hauts et forts par un candidat à la présidence de son pays, se trouvent modifiés voire s’évaporent complètement au bout de quelques mois. On a même plutôt tendance à louer la capacité d’analyse de l’observateur qui aura signalé la «  déviation ». Un cas classique de mutation de la vérité se produit lorsqu’un parti d’opposition accède subitement au pouvoir et se trouve confronté avec des réalités de terrain, fort concrètes et assez peu sensibles aux raisonnements théoriques. C’est que les faits sont plus têtus que les discours idéologiques les mieux huilés.

 

Ainsi, on admet qu'il y existe des mensonges politiquement corrects, voire même souhaitables, si leur but est de gagner les prochaines élections et, ainsi, de faire valoir sa vision de la société, pour le plus grand bien de tous.

 

Dans ce contexte, il est inévitable que l'on se heurte de temps à autre à un mensonge politiquement incorrect qui se paie instantanément « cash », par la carrière politique du fautif. Observé outre-frontières, c'est même tellement fréquent que l'on peut s'étonner du séisme qui secoue actuellement nos voisins – mais à chaque pays ses joutes favorites.

 

Le déchaînement médiatique auquel on est en train d’assister en France n’a probablement qu’une utilité : poser la question de savoir comment éliminer le mensonge de la vie publique. Vraisemblablement par une sanction institutionnelle plutôt que pénale. Facile à dire. Mais alors … comment va-t-on gagner des élections?

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