24/03/2013

Quand la confiscation devient politique d’Etat

La décision de procéder à un « prélèvement » sur le contenu des comptes ouverts au sein des banques présentes sur l’île est un véritable séisme. Vous épargnez toute votre vie, en vue de votre retraite, pour vous acheter une maison ou que sais-je et tout à coup, hop !, on vous annonce que toute somme au-delà d’un certain seuil passe dans la poche de l’Etat.

J’ai souvent entendu dire ces derniers jours que ce prélèvement ne diverge pas réellement, à bien y regarder, des autres mesures préconisées - ou prises - par les autorités européennes et mondiales en ces temps de crise, tant dans l’UE qu’ailleurs. On a ainsi vu des hausses d’impôts aussi massives que soudaines dans plusieurs pays européens en difficulté. Et plusieurs analystes (cf. p. ex. le blog de Paul Mason, journaliste économique à la BBC) évoquent aujourd’hui une politique délibérée de « répression financière », par laquelle les banques centrales cherchent à améliorer l’état des finances publiques par le jeu de l’inflation.

Dans les faits, ce prélèvement constitue un vrai caraclysme par rapport à notre conception de l’état de droit, et n’est en rien comparable à un impôt ou même à une politique volontairement inflationniste.

La kleptocracie : nouvelle forme de gouvernement ?

Premièrement, une hausse d’impôt s’inscrit dans une procédure politique et parlementaire, qui a l’avantage notable d’être légale et démocratique. Un tel acte est inscrit dans une loi votée par un parlement élu par les citoyens - contribuables. Certes, ceux-ci peuvent ne pas être satisfaits du résultat et, à terme, élire d’autres représentants qui feront machine arrière, si besoin. L’état de droit est respecté et, à moins de considérer tout impôt comme une spoliation, le concept de la propriété privée en tant que telle n’est pas remis en question.

A l’inverse, ce qui a été décidé dans le cas chypriote s’apparente en tout sauf en nom à un acte de piraterie, un vol pur et simple, d’autant plus choquant qu’il a été décrété par des autorités se prévalant de la légitimité démocratique. Certes, de nombreuses voix se sont élevées pour dire que l’alternative à ce plan d’urgence serait pire, que la faillite des banques chypriotes et, partant, du pays serait infiniment plus destructrice. Mais l’essentiel, à mes yeux, n’est pas là.

Non, ce qui devrait tous nous inquiéter, c’est que des autorités politiques européennes considèrent officiellement l’acte de force de la confiscation, la remise en question de la propriété privée hors de tout réel débat démocratique, comme une solution acceptable, voire souhaitable. Ceci non pas dans un « failed state » où la kleptocratie serait élevée au rang d’art de vivre, mais bel et bien en Europe occidentale. Et entendre jurer urbi et orbi que Chypre serait un « cas particulier » (quel pays ne l’est pas ?), que ce prélèvement serait une action unique dans le temps ou encore que jamais une telle action ne pourrait être envisagée ailleurs relève au mieux de la farce, au pire de l’insulte à l’intelligence.

La faillite d’une banque ou même d’un Etat est une chose, et il n’est pas question d’en minimiser les conséquences pour les populations concernées. Mais l’acte de spoliation par l’autorité publique en est une autre, à mes yeux bien plus grave car touchant à des piliers importants du fondement même de notre société : l’état de droit, la démocratie et la propriété privée.

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Commentaires

J'aime beaucoup. Le style, le ton et le fond.
Ce qui est particulièrement scandaleux à mon avis, c'est que la CE semble avoir suivi la maxime des singes de la sagesses qui prévoit qu'il n'arriverait que du bien à celui qui ne voit rien, n'entend rien et ne dit rien lors du processus d'adhésion de Chypre.
Il est fortement improbable que les commissaires n'aient pas vu que les banques ne remplissaient pas les conditions de garanties et si c'est le cas, c'est qu'ils n'ont tout simplement pas fait le travail.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/03/2013

Et pendant ce temps, ici la même chose se passe : le taux de conversion 2ème pillier est régulièrement revu à la baisse, ce qui revient strictement à la même chose que ponctionner le capital accumulé !

Sauf qu'ici, les seuls qui ne perdent pas et s'assurent de toucher leur commissions sur l'énorme masse sous gestion : LES BANQUES.

Écrit par : Djinus | 24/03/2013

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