09/03/2018

Créer des logements, tout simplement, sans acronymes ni pourcentages

Illustration PAV 04.jpg88/12 ou 76/24 ? Ces chiffres pourraient résumer le débat sur le PAV qui s’est tenu au Grand Conseil lors de sa session de février. Fallait-il 88% de LUP (logements d’utilité publique) et 12% de PPE (propriété par étage) ou alors pousser à 24% de PPE, comme le souhaitaient les députés de l’Entente estimant, non sans raison, que seule une proportion importante de PPE permet de « faire tourner » des plans financiers de réalisation de logements…?

En fait, on peut se demander si ce débat est le bon. La politique actuelle du logement tourne autour de la notion de LUP, celui-ci étant compris comme étant du logement social, et du pourcentage désiré à l’échelle du canton : 20% du parc locatif.

Le LUP doit répondre à trois caractéristiques : un certain rapport entre le revenu du locataire et le montant du loyer (le « taux d’effort »), un certain rapport entre le nombre de personnes occupant un logement et le nombre de pièces de celui-ci (le « taux d’occupation ») et la conservation des deux caractéristiques précédentes pendant 50 ans au moins.

Ceci posé, répond-on aux besoins en logements de la population ? Rien n’est moins sûr.

Il faudrait tout d’abord s’entendre sur l’objectif poursuivi par la politique sociale du logement et l’indicateur qui est imposé pour l’évaluer, le taux de LUP. Non, le logement social ne se résume pas aux définitions technocratiques et aux acronymes, mais s’évalue à l’aune de la réalité du terrain.

Les logements propriété d’organismes à buts non lucratifs (fondations immobilières privées ou publiques, coopératives) ou détenus par des collectivités publiques font partie de cette politique, même s’ils ne sont pas des LUP.

Nombre d’appartements occupés depuis des lustres par le même locataire présentent des loyers largement inférieurs à ceux agréés pour de nouveaux logements LUP. Qui n’a pas dans son entourage un exemple de ce type ?

La bataille politique actuelle sur les proportions des diverses catégories de logements est vaine et stérile. Le seul mérite des catégorisations est d’assurer la mixité de la population nécessaire à l’équilibre des quartiers. Est-il besoin de légiférer de manière si pointilleuse et de s’écharper pour atteindre cette mixité ?

Les acteurs de ce mauvais scenario se trompent d’objectif et n’ont pas choisi un indicateur fiable pour évaluer leurs efforts. Il est temps de se rappeler que le seul indice fiable et pérenne reste le taux de vacance des logements et que l’objectif à atteindre est un marché détendu présentant des logements vacants à hauteur de 1,5 à 2% du parc immobilier. C’est dans ce cadre que les Genevois trouveront chaussure à leur pied et appartement à louer ou acquérir…

En définitive, 88/12 ou 74/24 ? Le marché le dira ! Mais il est certain que continuer à bâtir des fronts figés au niveau politique ne va pas contribuer à ériger de nouveaux logements, toutes catégories confondues, au PAV ou ailleurs dans le canton… Libérons l’acte de construire et créons le cercle vertueux qui sortira Genève de sa guerre de tranchées.

 

Crédit photo (c) Thierry Parel / FTI illustration PAV été 2014

15:00 Publié dans Economie, Genève, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

15/02/2018

Médias de service public : un investissement à long terme !

médias,billagLa liberté commerciale est-elle mère de toutes les vertus ? C’est la question que pose l’initiative « No Billag », qui entend supprimer les subventions publiques directes octroyées à la Société suisse de radiodiffusion et, par la même occasion, biffer de la Constitution la notion de service public en matière de radio et de télévision. Le raisonnement derrière cette proposition est que le marché des médias deviendrait ainsi plus libre et plus compétitif, ce qui profiterait au public. Du coup, ce dernier ne paierait que ce qu’il consomme.

Or, les redevances permettent la création d’une offre de programmes, reportages, fictions et divertissements adaptés aux régions linguistiques et à la mentalité helvétique. Sans parler des facilités destinées à des minorités telles que le sous-titrage pour malentendants et le recours à la langue des signes.

Leur suppression aurait pour conséquence de livrer le marché à de puissants groupes d’information étrangers, sans implantation locale, qui assureraient sans doute la diffusion d’émissions, mais pas leur création. Il est intéressant de constater comment, dans une démocratie éprouvée comme celle que pratique la Suisse, certains se méfient des « médias d’Etat ». A l’heure des « fake news », il paraît pourtant évident que la qualité des contenus doit être une priorité. Et quelle garantie de qualité offrent ces grands groupes étrangers ?

La notion même de libre marché est, dans ce cas, un leurre. Car la suppression des redevances affectera jusqu’à 50% du financement de 25 médias privés (voir à ce sujet l’interview d’Alexandre de Raemy, directeur général de Media One Group et membre du Conseil de la CCIG, parue dans CCIGinfo n°2, février 2018).

Comme souvent, la vérité se trouve à mi-chemin : s’il est clair qu’un monopole d’Etat sur l’information et les contenus audiovisuels est néfaste, laisser le champ libre aux seuls opérateurs privés coûterait cher en terme de cohésion nationale. C’est donc NON à No Billag le 4 mars prochain !

11:15 Publié dans Société, Suisse | Tags : médias, billag | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

01/10/2017

Prévoyance 2020 : une question de valeurs

avs,prévoyance,assurance socialePrévoyance 2020 : la mayonnaise n'a pas pris. Les causes du refus sont certes multiples – les non se sont additionnés, cas fatal dans une votation – mais peuvent sans doute se résumer au fait que la majorité de la population n’a pas eu confiance dans la suite des opérations et n’a vu que des désagréments dans le paquet proposé. Il pourrait donc être utile de clarifier les enjeux avant de remettre l’ouvrage sur le métier.

L'histoire de la prévoyance sociale nous enseigne qu'à l’origine, la charité, largement dictée par la plupart des religions, était le seul moyen de secourir les miséreux. Ensuite, une fois la société un peu mieux organisée, a été créée l'assistance publique, dont la dénomination a finalement été transformée en aide sociale. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’est arrivée une nouvelle technique de lutte contre la pauvreté : l'assurance sociale. Et nous en sommes toujours là, la plupart des pays utilisant à la fois l'aide et l'assurance sociale.

Les deux approches ne comportent cependant pas les mêmes valeurs de société. L'aide sociale, financée par l'impôt, repose sur une mentalité civique qui octroie volontiers une aide au citoyen dans le besoin, lorsqu'il en fait la demande. L'expérience nous a appris que, s'il y a des personnes qui abusent de l'aide sociale, il y a aussi celles qui ont honte de la demander. En revanche, une prestation d'assurance, telle que l'AVS, est un dû, versé de droit à toute personne dans des conditions précisément définies.

Beaucoup insistent sur l'attachement historique du peuple suisse à l'AVS. Est-ce vraiment certain ? Les citoyens sont-ils prêts à payer le prix de l’assainissement indispensable de cette institution? Etant donné l'importance de la réponse à cette question, il faut probablement travailler d’abord sur le volet AVS et soumettre ce projet au peuple. Les valeurs défendues par notre société seront ainsi, du moins peut-on l’espérer, réaffirmées.

Ce n’est qu’ensuite que les mesures complémentaires telles que prévoyance professionnelle et déductions sociales fiscales pourront être abordées.

11:20 Publié dans Société, Suisse | Tags : avs, prévoyance, assurance sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |