26/01/2017

Et si la prospérité ne restait pas?

argent suisse.jpgDans le débat sur la Réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3), intéressons-nous, pour une fois, à ce qui se passerait en cas de refus.

Deux cas de figures seraient possibles. Premier cas : le Conseil fédéral décide manu militari d’abolir les statuts spéciaux pour mettre notre pays en conformité avec les normes internationales. Pour Genève, cela veut dire que toutes les entreprises auraient un taux d’imposition de 24%, soit plus qu’un doublement du taux pour les sociétés à statuts.

Second cas : les statuts fiscaux spéciaux ne seraient pas abolis et la Suisse « aurait un problème de conformité avec (s)es engagements » comme l’a dit lundi à la RTS le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE. Conséquences pratiques pour les entreprises exportatrices : des tracasseries administratives sans fin. Quand on sait que la Suisse gagne un franc sur deux grâce aux exportations, ce n’est pas une bonne nouvelle, pour le dire sobrement.

Dans les deux cas, donc, nombre d’entreprises se relocaliseraient hors de Suisse.

Lorsqu’une entreprise part, disparaissent tous les emplois directs. A ceux-ci s’ajoutent ceux qui dépendaient de cette entreprise : les fournisseurs, les sous-traitants ; mais aussi les commerces de proximité : les employés de cette entreprise mangent au restaurant à midi, font leurs achats dans les magasins de la ville, etc. Il y a actuellement 1,6 emploi indirect pour 1 emploi direct dans une société à statut.

Regardons maintenant qui occupe les postes dans les multinationales. Des étrangers venus manger notre pain ? Pas de chance : ce sont majoritairement des Suisses et des permis C.

Aucune entreprise travaillant avec l’étranger ne serait intéressée à s’installer dans un pays qui entretient des relations difficiles avec ses partenaires commerciaux. En conséquence, la Suisse aurait des difficultés à accueillir de nouvelles entreprises créatrices de valeur ajoutée et d’emplois. On pourrait au mieux espérer des entreprises intéressées uniquement par le marché suisse. Mais, enfin, 8 millions de Suisses comparés aux 500 millions de consommateurs que compte l’UE, c’est sexy comme un dimanche de pluie à Genève.

En conclusion, accepter la réforme, c’est supporter des pertes fiscales temporaires en maintenant l’emploi et l’attractivité helvétique. La refuser, c’est supporter des pertes d’emplois certaines et des pertes fiscales durables.

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30/06/2016

Brexit : l’émotion et la raison

Il a été assez amusant de constater, sur les réseaux sociaux, que nombre de Suisses félicitaient les 52% de Britanniques qui ont voté pour sortir de l’Europe et fait le choix de l’indépendance. Mais qu’a vraiment voulu dire cette majorité ? Qu’elle en avait marre, certainement. Qu’elle voulait se compliquer la vie en se coupant de l’UE, probablement pas. Les multiples débats, notamment télévisés, n’ont clairement pas été d’une grande utilité pour aider les votants à décrypter les enjeux du scrutin ; ils furent même d’une vacuité intersidérale. Même si le public posait parfois de bonnes questions (comment nos emplois seront-ils assurés ?), l’absence de réponse concrète n’était jamais relevée.

Les envolées lyriques des chantres de l’indépendance tombent malheureusement lourdement à côté de la plaque. Dans un monde globalisé comme le nôtre, l’indépendance absolue ne peut pas exister. Et les « amis indépendants » de Suisse sont bien placés pour le savoir : nous gagnons un franc sur deux à l’étranger et un franc sur trois avec l’Union européenne. En valeur sonnante et trébuchante, il s’agit de 128 milliards de biens et services vendus à l’UE en 2014. La Suisse est donc tout sauf indépendante.

En réalité, le vote britannique n’est ni un cataclysme ni la huitième merveille du monde. Il s’agit d’une nouvelle donne. Comme la Suisse l’a fait après le refus populaire de l’adhésion à l’EEE, le Royaume(pour l’instant encore)-Uni va devoir inventer son futur. Pour la Suisse, le Brexit est une « encouble » supplémentaire dont elle se serait bien passé. Tant les milieux politiques qu’économiques vont devoir composer avec cette situation ; espérons qu’ils le fassent en utilisant leur tête plutôt que leurs tripes.

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01/03/2016

Apprivoiser le futur

Non seulement, depuis 20 ans, les capacités des technologies de l’information doublent chaque année, mais, économie,innovation,plus important, une étape majeure a été franchie en 2014 avec le « deep learning ». Des réseaux de neurones synthétiques arrivent désormais, en 0.1 seconde, à remplir des fonctions de base de l’homme, fonctions que nous considérons ordinairement être de l’ordre du réflexe.

Tel est l’un des éléments qui caractérisent ce qu’on nomme volontiers la quatrième révolution industrielle. Mais peu importe le numéro qu’on lui attribue, il est manifeste que nos modes de production sont en train de se transformer profondément. Le Prix 2015 de l’innovation, décerné par la CCIG, le département de la sécurité et de l’économie et l'OPI, en a du reste donné un petit aperçu : l’entreprise lauréate, Qualimatest, a été récompensée pour avoir mis au point un procédé électronique de contrôle de qualité capable d’évaluer des détails « esthétiques » comme le ferait un œil humain. Les exemples pourraient être multipliés.

En choisissant comme objectifs prioritaires de la stratégie économique cantonale les technologies innovantes telles que fintech et sciences de la vie (à côté de la promotion des activités industrielles et du négoce de matières premières), le département de la sécurité et de l’économie a correctement senti le vent. En particulier, l’annonce, fin janvier, de l’ouverture d’un nouvel incubateur dédié à la biotech et à la medtech est une excellente nouvelle. En effet, les clusters thématiques ont fait leur preuve mais nous ne devons pas oublier que l’innovation n’est jamais donnée une fois pour toutes ; elle se cultive soigneusement, jour après jour.

L’innovation est le résultat d’une subtile alliance entre entreprises, R&D, acteurs politiques et financiers. La Suisse romande, et Genève en particulier, est bien positionnée à cet égard : 570 multinationales actuellement installées dans le seul canton de Genève, un choix de plus de 200 formations offertes dans les universités et hautes écoles de Suisse occidentale, 6% du PIB – en moyenne nationale – consacrés à la recherche.

D’aucuns se félicitent de ce que les nouvelles technologies vont faire disparaître les travaux pénibles et les postes non qualifiés. Il est cependant dangereux d’en conclure que les emplois de demain seront, ipso facto, hautement qualifiés. C’est ici que prennent tout leur sens les efforts visant à mettre sur pied de nouvelles formations, tant initiales que continues.

Le futur est sans doute brillant, mais il faut d’abord l’apprivoiser afin de s’assurer qu’il profitera à tout le monde.

 

Ce texte est l'édito du CCIGinfo 2_2016

10:40 Publié dans Economie | Tags : économie, innovation | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |